La
Convention sur les zones humides
Les zones humides et les changements climatiques
Les zones humides et les changements climatiques
Explorer les avenues de la collaboration entre la Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran 1971)
et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
Octobre 1999

G. Bergkamp & B. Orlando
[Ger Bergkamp est spécialiste des ressources deau et Coordonnateur de lInitiative pour les eaux douces de lUICN-Union mondiale pour la nature. Brett Orlando est Responsable du Programme sur les changements climatiques et Coordonnateur de lInitiative sur les changements climatiques de lUICN.]
TABLE DES MATIÈRES
2. Les zones humides et les changements climatiques: enjeux et possibilités
2.1 Généralités
2.2 Les effets des changements climatiques sur les zones humides
2.2.2 Décoloration des coraux
2.2.3 Effets hydrologiques
2.2.4 Changement de la température de leau des zones humides
2.2.5 Changements sous les latitudes septentrionales
2.2.6 Impacts indirects sur les zones humides2.3 Les zones humides: réservoirs, sources et puits de gaz à effet de serre
2.4 Atténuation des émissions de gaz à effet de serre
2.5 Stratégies dadaptation aux effets néfastes des changements climatiques
2.5.1 Développement des infrastructures et solutions de substitution
2.5.2 Évaluation et choix des stratégies dadaptation
2.5.3 Capacités dadaptation selon les sociétés et les institutions2.6 Conclusion
3.1 Travaux pertinents de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
3.1.1 Affectation des terres, changement daffectation des terres et foresterie
3.1.2 Application de larticle 4 alinéas 8 et 9 de la Convention
3.1.3 Mécanismes découlant des articles 6, 12 et 17 du Protocole de Kyoto
3.1.4 Élaboration et transfert de technologie3.2 Travaux pertinents de la Convention sur les zones humides
3.2.1 Résolutions et/ou recommandations
3.2.2 Plan daction mondial pour lutilisation rationnelle et la gestion des tourbières
3.2.3 Cadre dévaluation des risques pour les zones humides
3.2.4 Lignes directrices pour lintégration de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides dans la gestion des bassins hydrographiques3.3 Travaux connexes du Groupe intergouvernemental dexperts sur lévolution du climat (GIEC)
3.3.1 Troisième Rapport dévaluation
3.3.2 Rapport spécial sur laffectation des terres, les changements daffectation des terres et la foresterie
3.3.3 Rapport spécial sur le transfert de technologies3.4 Travaux connexes et décisions de la Convention sur la diversité biologique
3.4.1 Plan de travail conjoint entre la CDB et la Convention sur les zones humides
3.4.2 Programme de travail marin et côtier3.5 Relations avec le Fonds pour lenvironnement mondial
3.5.1 Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
3.5.2 Convention sur les zones humides
3.5.3 Éléments dun Programme opérationnels sur la séquestration du carbone
4. Vers la collaboration: proposition dun ensemble dactions conjointes
Résumé
Le présent document examine les liens entre les changements climatiques dune part et la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides dautre part, du point de vue scientifique et institutionnel. Après lintroduction, nous évaluons, dans la deuxième section, létat des connaissances relatives aux effets des changements climatiques sur les zones humides, y compris les ressources des eaux douces, les récifs coralliens et les autres zones humides côtières et marines. Parmi ces effets, on peut citer lélévation du niveau des mers, la décoloration des coraux, les effets hydrologiques, les changements de la température de leau et les atteintes à la disponibilité et à la qualité de leau. Le rôle des zones humides en tant que sources et puits biologiques de gaz à effet de serre, en particulier de dioxyde de carbone (CO2), de méthane (CH4), et doxyde nitreux (N2O) est également exploré ainsi que les possibilités de réduction des émissions de gaz à effet de serre au moyen de la conservation des zones humides et de pratiques dutilisation rationnelle. En conclusion, cette section aborde les stratégies datténuation des effets néfastes des changements climatiques, les capacités de la société et des institutions dans la lutte contre les changements climatiques, ainsi que les obstacles auxquels elles doivent faire face.
La troisième section examine les liens institutionnels entre la Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971) et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. On y trouve une vue densemble des programmes de travail pertinents entrepris par les deux conventions ainsi que des travaux connexes du Groupe intergouvernemental dexperts sur lévolution du climat (GIEC), de la Convention sur la diversité biologique (CDB) et du Fonds pour lenvironnement mondial (FEM). La quatrième et dernière section esquisse un ensemble dactions proposées pouvant être menées conjointement par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur les zones humides en faisant intervenir la coopération à différents niveaux dapplication des deux Conventions: des secrétariats de chacune aux organes consultatifs scientifiques et techniques, en passant par la Conférence des Parties, les mécanismes de financement et la coopération accrue au niveau national. Les actions proposées sont présentées sous quatre thèmes généraux:
1. Introduction
Les écosystèmes des zones humides ont des fonctions écologiques fondamentales, telles que la régularisation des régimes hydrologiques, tout en servant dhabitats pour la flore et la faune. Les zones humides qui, dans la définition de la Convention de Ramsar (article 1.1) comprennent les écosystèmes côtiers et marins tels que les récifs coralliens, les herbiers marins et les mangroves fournissent aussi, aux populations humaines du monde entier, des services et des avantages précieux dont le moindre nest pas de réguler le climat aux niveaux mondial et local. Selon le deuxième rapport dévaluation du GIEC, les changements climatiques entraîneront une intensification des cycles hydrologiques mondiaux et pourraient avoir des incidences majeures sur les ressources hydriques régionales. Les changements climatiques peuvent aussi induire des modifications dans la répartition géographique des zones humides et aggraver la décoloration et la mortalité des récifs coralliens.
À cela il faut ajouter que lélévation du niveau des mers et la multiplication des tempêtes associées aux changements climatiques pourraient entraîner lérosion des littoraux et des habitats, augmenter la salinité des estuaires et des nappes aquifères deau douce, modifier lamplitude des marées dans les rivières et les baies, apporter des changements dans le transport des sédiments et des matières nutritives, intensifier les inondations côtières ce qui, en retour rendrait certaines populations des régions côtières encore plus vulnérables. Le troisième rapport dévaluation du GIEC, attendu pour juin 2001, apportera de nouvelles précisions quant à létat des connaissances relatives aux effets potentiels des changements climatiques sur les zones humides, les récifs coralliens et les ressources hydriques. De fait, les scientifiques ont de plus en plus conscience que lon ne peut plus envisager la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides sans tenir compte des changements climatiques.
Lobjectif ultime de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière que les écosystèmes puissent sadapter naturellement aux changements climatiques (article 2). La Convention engage également les Parties à lutter contre les effets néfastes des changements climatiques, notamment pour les pays en développement Parties. Les Parties à la Convention sont, actuellement, en train dexaminer les mesures à prendre à cet égard.
Les zones humides et, en particulier les tourbières, sont dimportants puits de carbone. En conséquence, il convient, en élaborant les stratégies datténuation des changements climatiques, de tenir compte du rôle que peut jouer la conservation des zones humides. Le GIEC est en train de préparer un rapport spécial sur lutilisation des terres, les changements daffectation des terres et la foresterie qui devrait être terminé en mai 2000. Ce rapport sintéressera avant tout au dioxyde de carbone mais abordera également les émissions de méthane et doxyde nitreux, en particulier celles qui émanent des zones humides. Daprès les résultats de ce rapport spécial, les Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques prendront des décisions clés sur le rôle de laffectation des terres, des changements daffectation des terres et de la foresterie pour lapplication du Protocole de Kyoto.
Dans ce contexte, il est nécessaire dexplorer plus à fond des moyens de renforcer la collaboration pratique entre la Convention sur les zones humides et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. La nécessité de renforcer les liens avec cette dernière, à la lumière des effets potentiels des changements climatiques sur les zones humides, est clairement énoncée dans lAction 7.2.7 du Plan stratégique adopté par les Parties contractantes à la Convention de Ramsar, à la COP6, en mars 1996. Cette nécessité a, par la suite été renforcée par les Résolutions VII.4 et VII.9 adoptées par les Parties contractantes à la Convention de Ramsar à la COP7, en mai 1999. Pour progresser dans cette direction, la clé consiste, de toute évidence, à déterminer lavantage de renforcer la coopération entre les deux Conventions. Il convient dexplorer les liens de coordination stratégiques entre différents aspects des deux processus, au niveau des deux secrétariats, de leurs organes consultatifs scientifiques respectifs, des Conférences des Parties, des mécanismes de financement, sans oublier la coordination au niveau national.
Le présent rapport couvre trois thèmes: 1) une étude de linformation scientifique relative aux changements climatiques dans loptique de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides; 2) une vue densemble des liens institutionnels entre la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur les zones humides où les travaux du GIEC, de la CDB et du FEM sont également abordés; et 3) un ensemble proposé dactions à mener conjointement par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur les zones humides.
2. Les zones humides et les changements climatiques: enjeux et possibilités
2.1 Généralités
Les zones humides fournissent de précieux avantages sociaux, économiques et environnementaux à léchelle mondiale. Parmi les fonctions importantes des zones humides, on peut citer le stockage de leau, la recharge des nappes souterraines, la protection contre les tempêtes, latténuation des crues, la stabilisation des littoraux, la maîtrise de lérosion et le captage du carbone, des matières nutritives, des sédiments et des polluants (Dugan 1990). Les zones humides produisent aussi des biens de grande valeur économique: eau salubre, produits de la pêche, bois duvre, tourbe, ressources sauvages; en outre, elles se prêtent aux activités touristiques. La disparition et la dégradation des zones humides sont la conséquence de plusieurs facteurs. La demande croissante de terres pour lagriculture, couplée à la croissance démographique, reste une cause majeure de la disparition des zones humides dans certaines régions du monde mais le développement de linfrastructure et la régularisation du cours des rivières est une autre cause majeure de dégradation et de disparition des zones humides, tout comme linvasion despèces non indigènes et la pollution.
À ce jour, les décideurs politiques nont accordé que bien peu dattention aux relations entre les changements climatiques, dune part et la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides, dautre part. Or, les changements climatiques que lon prévoit pourraient fortement affecter les zones humides dans leur étendue, leur distribution et leurs fonctions.
Actuellement, les scénarios des changements climatiques prévoient une augmentation de 2o C à léchelle mondiale et une élévation denviron 1,5 mètre du niveau des mers, dans la première moitié du siècle prochain (GIEC 1996). Des températures plus élevées, des changements dans les précipitations et une élévation du niveau des mers sont les principales manifestations des changements climatiques qui auront des effets sur la répartition et les fonctions des zones humides.
Les zones humides et les tourbières représentent dimportants lieux de stockage du carbone et contribuent de manière notable au cycle mondial du carbone (Patterson, 1999). Il importe dexaminer comment les forces conjuguées des changements daffectation des terres et des changements climatiques peuvent affecter le rôle des zones humides dans le cycle mondial du carbone.
2.2 Les effets des changements climatiques sur les zones humides
La définition générale des zones humides recouvre une diversité de masses deau peu profondes et de milieux où la nappe souterraine affleure, qui se caractérisent par la présence permanente ou temporaire de leau, des sols aux propriétés hydriques et des plantes et animaux qui se sont adaptés à la vie dans des conditions saturées (Lewis 1995). Les zones humides comprennent, par exemple, les plaines dinondation et les régions qui bordent les rivières et les lacs et sont saisonnièrement inondées, les régions de tourbières dans larrière-pays, les régions de toundra de la haute Russie, du Canada et de lAlaska et les zones côtières affectées par les fluctuations quotidiennes du niveau de la mer. Les zones humides couvrent près de 10% de la superficie terrestre: 2% sont des lacs, 30% des tourbières, 26% des fagnes, 20% des marécages et 15% des plaines dinondation. Les mangroves couvrent, en outre, quelque 24 millions dhectares et les récifs coralliens environ 60 millions dhectares. Les dernières grandes régions de zones humides se trouvent sous les hautes latitudes et sous les Tropiques. Lexpansion agricole et dautres formes de développement ont détruit de nombreuses zones humides dans les régions tempérées (Ramsar 1998).
Les zones humides contiennent un grand nombre de niches écologiques, un pourcentage élevé de la diversité biologique terrestre et sont étroitement tributaires des niveaux deau. En conséquence, les changements des conditions climatiques qui modifient la disponibilité de leau sont propres à influencer fortement la nature et la fonction de certaines zones humides, y compris des types despèces végétales et animales que lon y trouve.
Les zones humides ont plusieurs fonctions qui sont vitales pour le développement durable dans de nombreuses régions. Les fonctions des écosystèmes sont définies comme «la capacité des processus naturels et des éléments de systèmes naturels ou semi-naturels de fournir des biens et services qui satisfont les besoins de lhomme» (de Groot 1992). Généralement, les zones humides ont quatre types de fonctions: régularisation, habitats, production et fourniture dinformations.
Les zones humides jouent un rôle important en régularisant la quantité et la qualité de leau. On sait que plusieurs types de zones humides servent de tampon hydrologique. Par exemple, les zones humides des plaines dinondation absorbent leau lorsque les fleuves quittent leur lit, réduisant les risques dinondation en aval. La valeur de tels services peut être considérable et, souvent, les solutions de substitution techniques sont beaucoup plus coûteuses. Les zones humides ne se contentent pas de régulariser la quantité du flux de leau, elles préservent aussi sa qualité (Baker et Maltby 1995). On sait, par exemple, que les roselières et autres plantes des zones humides ont la capacité dextraire les toxines et lexcédent de matières nutritives contenus dans leau. Le maintien de nombreux processus biologiques complexes auxquels sont associés les sols, leau, les plantes, les animaux et les micro-organismes est nécessaire pour entretenir les services écologiques. Le fonctionnement dun écosystème de zone humide entretient une grande diversité despèces et lon trouve dans ces régions, une part importante de la diversité biologique de la planète, notamment plus de 10 000 espèces de poissons, plus de 4000 espèces damphibiens et de nombreuses espèces doiseaux deau (McAllister et al. 1997; WCMC 1992).
De nombreux éléments composant les écosystèmes de zones humides fournissent aussi des ressources de consommation directe pour lhomme: de leau à boire, du poisson et des fruits à manger, des roseaux pour les toits de chaume, du bois pour la construction, de la tourbe et du bois de combustible pour le feu. La récolte de ces biens, dans les zones humides, si elle respecte le taux de production et la capacité de reconstitution de chaque espèce, peut être source davantages importants pour la société. Bien souvent, la pêche dépend étroitement décosystèmes de zones humides en bonne santé et dans beaucoup de régions rurales, la quantité deau disponible est surtout fonction de leau que lon tire de puits peu profonds ou de sources locales. Si les zones de recharge des eaux sont maintenues et protégées, les nappes aquifères et les sources peuvent fournir une quantité constante de ressources deau pour les communautés. (Acreman et Hollis 1996).
Les écosystèmes des zones humides offrent aussi loccasion dactivités récréatives, dexpérience esthétique et de réflexion. Les activités récréatives comprennent la pêche, la chasse sportive, lobservation des oiseaux, la photographie et les sports aquatiques. Étant donné que le tourisme est une des principales industries génératrices de revenu à léchelle mondiale, la valeur économique des zones humides à cet égard peut être considérable. Maintenir les zones humides et capitaliser sur leurs valeurs peut être une solution de substitution intéressante pour dautres utilisations perturbant et dégradant les écosystèmes.
En résumé, il est de plus en plus généralement admis que les zones humides sont des écosystèmes dimportance critique apportant de précieux avantages sociaux, économiques et environnementaux à léchelle mondiale. Costanza et al. (1997) ont estimé la valeur totale des services fournis à léchelle mondiale par les zones côtières et les écosystèmes de zones humides à USD 15,5 mille milliards par an, soit 46% de la valeur totale des services que fournirait lensemble des écosystèmes de la planète.
De lavis général, cependant, laugmentation des températures, lélévation du niveau des mers et les changements dans les précipitations dégraderont ces avantages et services. Ces changements affecteront probablement les oiseaux deau auxquels les zones humides fournissent un habitat et peuvent renforcer le processus de désertification. Il importe, cependant, de tenir compte du degré dincertitude qui entoure les projections sur les conséquences des changements climatiques pour les écosystèmes de zones humides. Pour la plupart des régions, les projections de changements dans les précipitations et la température sont très incertaines. Les changements dans les précipitations par rapport aux niveaux pré-industriels sont estimés, pour lAmérique du Nord, par exemple, à + ou 20% pour les précipitations, + ou 10% pour lévaporation et + ou 50% pour le ruissellement (Frederick 1997). Dautres incertitudes concernent laugmentation de la fréquence et de lintensité des événements extrêmes tels que les tempêtes, les sécheresses et les inondations. La capacité dadaptation des écosystèmes des zones humides dépendra énormément du rythme et de létendue des changements.
On ne comprend pas encore très bien comment les zones humides réagissent aux changements climatiques et ces réactions sont rarement intégrées dans les modèles mondiaux des effets des changements climatiques (Clair et al. 1997). Comme il existe une grande variété de types de zones humides, il est difficile de dire, avec la moindre précision, si elles continueront de servir de tampons hydrologiques pour les événements extrêmes ou dêtre des pourvoyeurs dautres services écologiques, sociaux et économiques importants. En conséquence, on ne peut faire quune évaluation générale des relations entre les zones humides et les changements climatiques.
POINTS CLÉS |
| Les zones humides sont des écosystèmes vitaux qui fournissent dimportants avantages sociaux, économiques et écologiques tels que: |
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| Les changements climatiques dégraderont ces avantages. |
2.2.1
Le GIEC (1996) estime que dans les prochaines décennies, le niveau de la mer sélèvera de 1, 5 et 9 mètres en raison de lexpansion thermique des eaux océaniques et de la fonte des glaciers et des calottes polaires. Et même si les émissions de gaz à effet de serre se stabilisent, laugmentation du niveau de la mer natteindra pas son apogée avant 2025. Depuis lépoque pré-industrielle, le niveau de la mer sest élevé, à léchelle mondiale, de 1, 2 et 5 mètres (GIEC, 1996).
Lélévation du niveau de la mer multiplierait par deux la population mondiale soumise aux ondes de tempêtes (celle-ci passerait denviron 45 millions à 90 millions). Les régions les plus sensibles sont les petits États insulaires, le Bangladesh et dautres pays dAsie du Sud-Est, dEurope du Nord-Ouest, de la côte atlantique sud et du golfe du Mexique aux États-Unis. Lérosion côtière serait lune des principales conséquences de lélévation du niveau des mers (Boorman 1990, GIEC 1996) et aurait pour effets principaux laugmentation de la fréquence des inondations côtières, la disparition des habitats et laugmentation de la salinité des estuaires et des nappes aquifères deau douce ainsi que des changements dans lamplitude des marées dans les rivières et les baies, dans le transport des sédiments et des matières nutritives, dans le mode de contamination des zones côtières. Laccélération du rythme de lélévation du niveau de la mer entraînera probablement des modifications dans la composition des espèces ainsi quune réduction de la productivité et des fonctions des zones humides (Warren et Niering, 1993).
En général, la flore et la faune des zones humides côtières sadaptent à des légers changements permanents du niveau de leau. Toutefois, la mesure dans laquelle elles seront capables de sadapter à ces changements dépend étroitement de leur aptitude à «émigrer» vers dautres régions. Il est probable que lélévation du niveau des mers forcera les systèmes de zones humides à se déplacer vers lintérieur. Toutefois, ce déplacement pourrait être entravé par lutilisation des sols dans larrière-pays ou par la capacité de ces systèmes et de leurs éléments constitutifs de se déplacer assez tôt pour survivre. De nombreuses zones humides côtières et estuariennes ne pourront pas se déplacer vers lintérieur en raison de la présence de digues, de levées de terre ou dutilisations spécifiques des terres par lhomme à proximité de la zone côtière (Kusler et al. 1999).
Lélévation du niveau des mers et la fréquence accrue des ondes de tempêtes pourraient aussi affecter défavorablement les eaux douces disponibles pour les zones humides côtières en augmentant lintrusion deau salée (Frederick 1997). Leau salée des systèmes deltaïques remonterait vers lintérieur, altérant la qualité de leau disponible pour lagriculture et la consommation industrielle et domestique. Dans bien des deltas et des régions côtières, la diminution de la sédimentation due à lélévation du niveau des mers, à la construction de barrages et laffaissement des sols constituent déjà une menace pour la survie de bien des communautés côtières.
2.2.2 Décoloration des coraux
Les récifs coralliens sont les écosystèmes marins les plus divers sur le plan biologique mais ils sont très sensibles aux changements de température. Des augmentations à court terme de la température de leau, de lordre seulement de 1 à 2o C peuvent entraîner la «décoloration» des récifs coralliens. Une augmentation constante de 3 à 4o C au-dessus des températures moyennes peut provoquer une importante mortalité des coraux. La restauration des communautés coralliennes peut prendre plusieurs siècles. Laugmentation du niveau des mers et la fréquence accrue des ondes de tempêtes peuvent aussi être dommageables pour les récifs coralliens. Beaucoup détudes indiquent que même les coraux à croissance lente peuvent saccoutumer à une élévation du niveau de la mer (environ 0,5 cm par an) considérée comme une estimation moyenne. Mais ces études ne tiennent pas compte des autres pressions exercées sur les populations coralliennes telles que la pollution et laugmentation de la sédimentation. (Bijlsma, 1996). Or, des travaux de recherche récents laissent entendre quune concentration accrue de dioxyde de carbone dans latmosphère a des effets négatifs sur la croissance des récifs coralliens (Kleypas, J.A. et al., 1999). Les récifs coralliens sont, en outre, affectés par le ruissellement et les sédiments provenant dactivités terrestres qui pourraient augmenter en cas de changements climatiques. De manière générale, les changements climatiques seront néfastes pour les systèmes coralliens déjà sous pression à cause de la surpêche, de la pollution, de la destruction et des maladies, par exemple (UICN/PNUE, 1993).
2.2.3 Effets hydrologiques
Les changements dans le cycle hydrologique cest-à-dire dans les précipitations, lévaporation, la transpiration, le ruissellement et la recharge et lécoulement des eaux souterraines - affectent les zones humides à différents égards. Ils toucheront à la fois les systèmes de surface et les systèmes souterrains et auront des effets sur leau disponible pour les zones humides, pour les besoins industriels et domestiques et pour lirrigation, la production hydro-électrique, lindustrie, la navigation et le tourisme aquatique.
On prévoit que les changements climatiques intensifieront le cycle hydrologique mondial et auront des effets majeurs sur la distribution et la disponibilité de leau au niveau régional et dans le temps. Les régions les plus vulnérables seront celles où les précipitations se présentent principalement sous forme de chutes de neige printanières et où les cours deau sont essentiellement alimentés par la fonte des neiges printanière et estivale. Dans ces régions, lélévation de la température induira probablement un ruissellement hivernal accru et réduira le flux printanier et estival (Kwadijk & Middelkoop 1994, Sealthun et al. 1998). Pour certaines de ces régions, il en résultera un risque accru dinondations à la fin de lhiver et, sans doute une disponibilité moindre de leau dirrigation en période de forte demande (Frederick 1997). Les changements constatés dans le ruissellement ne dépendront cependant pas seulement des modifications des précipitations, mais aussi de létat physique et biologique du bassin versant.
La quantité et la qualité de lapprovisionnement en eau posent déjà un problème grave, notamment dans certaines zones côtières de faible élévation et dans les petites îles de sorte que ces régions sont particulièrement vulnérables à une réduction des ressources deau locales. La recharge des nappes aquifères par les crues saisonnières dans les plaines dinondation est un processus important pour le maintien des ressources deau dont de nombreuses sociétés des régions arides et semi-arides dépendent.
Les changements dans le régime des flux et le niveau deau ont des effets marqués sur létat des zones humides intérieures. Les régions arides et semi-arides sont particulièrement vulnérables aux changements dans les précipitations car une diminution des précipitations peut avoir des effets catastrophiques sur les zones humides. La superficie du lac Tchad, par exemple, a fortement diminué depuis les années 1960 en raison dune diminution des précipitations et de lapport deau du fleuve Chari (Talling et Lamoalle 1998).
2.2.4 Changement de la température de leau des zones humides
Laugmentation mondiale des températures aura probablement pour effet de réchauffer la température des lacs et des rivières. Les effets les plus marqués seront ressentis sous les hautes latitudes où la productivité biologique augmentera ainsi quaux limites entre aires de répartition des espèces deau froide et deau fraîche sous les basses latitudes où lon enregistrera les taux dextinction les plus forts (GIEC 1996). Les espèces de plantes et danimaux rares et menacées dextinction, sensibles aux changements légers de température nont souvent pas dhabitat de substitution, en particulier dans les régions isolées telles que les zones humides de montagne et alpines. Outre les effets du réchauffement, Talling and Lamoalle (1998) ont souligné la possibilité dune accélération du mélange entre nappes deau stratifiées en raison dune activité orageuse intensifiée ce qui pourrait entraîner la disparition, à grande échelle, despèces de poissons.
2.2.5 Changements sous les latitudes septentrionales
Dans la toundra et les régions polaires, on prévoit que laugmentation des températures entraînera la fonte du permafrost et, en conséquence, une réduction de son étendue et de sa profondeur. Il sensuivra une augmentation de la décomposition, un flux supplémentaire de CO2 dans latmosphère et des changements dans les processus qui contribuent à la production de méthane (CH4) par ces zones humides (Clair et al. 1998). On prévoit en outre que les changements dans les écosystèmes des zones humides de la toundra entraîneront la migration des zones végétales vers le nord.
2.2.6 Impacts indirects sur les zones humides linteraction entre les changements climatiques et les structures de la consommation et de laffectation des terres
Les effets directs des changements climatiques sur les zones humides seront probablement accentués par les changements induits par lhomme qui augmenteront le stress sur les écosystèmes des zones humides. Selon certaines estimations, dans les régions industrialisées jusquà 60% des zones humides auraient été détruites depuis 100 ans par le drainage, la transformation, le développement des infrastructures et la pollution. Ces changements seraient les principaux responsables de lappauvrissement de la diversité biologique des eaux douces aux États-Unis depuis quelques décennies. (McAllister et al. 1997).
Pendant les prochaines décennies, on prévoit que la demande deau augmentera régulièrement. Cependant, les changements climatiques devraient entraîner une diminution de leau disponible, en particulier dans les régions arides et semi-arides. Pour résoudre ce problème, de nombreux pays devront poursuivre leurs efforts en vue daugmenter la capacité de stockage des réservoirs afin de satisfaire les demandes croissantes pour lirrigation.
Les mesures prises pour traiter les changements climatiques, par exemple la construction de barrages, pourraient avoir des conséquences pour les zones humides. Le recours à lénergie hydro-électrique pour remplacer les centrales à combustibles fossiles pourrait entraîner la construction dun plus grand nombre de barrages. En Chine, la construction de barrages hydro-électriques devrait augmenter de 6% par an (Fulton, 1999). La construction de barrages ajoutera une pression sur les écosystèmes des zones humides en augmentant la fragmentation des habitats qui empêche les plantes et les animaux de se déplacer progressivement vers dautres lieux, en réaction aux changements de température ou de niveaux deau, comme nous lavons démontré plus haut pour les zones humides côtières et estuariennes. En outre, les barrages retiennent de grandes quantités de sédiments essentiels au maintien des deltas et des zones humides côtières. Vörösmarty et al. 1997 ont estimé quau niveau mondial, 16% des sédiments sont déjà retenus par les barrages.
POINTS CLÉS |
| Les changements climatiques auront des effets sur les zones humides par: |
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| les changements daffectation des sols et des structures de la consommation de leau accentueront les impacts des changements climatiques sur les zones humides. |
Augmenter la capacité de stockage de leau par la construction de barrages constitue une pression supplémentaire qui favorise lérosion des zones côtières et des deltas. Le compactage progressif des sols tourbeux des deltas et le drainage des zones humides deltaïques entraîneront laffaissement des sols, de sorte que les deltas et les îles seront submergés. Limpact conjugué de lélévation du niveau des mers et de laffaissement des sols pourrait constituer un risque supplémentaire pour les populations humaines des deltas et des zones côtières.
2.3 Les zones humides: réservoirs, sources et puits de gaz à effet de serre
Les zones humides couvrent environ 8 à 10% de la superficie émergée de la planète (selon la définition que lon en donne) et contiennent 10 à 20% du carbone terrestre mondial. En conséquence, elles jouent un rôle important dans le cycle mondial du carbone (Sahagian et Melack 1998, GIEC 1996). Lorsquon ajoute les zones humides côtières et les tourbières, les zones humides représentent la principale composante du réservoir de carbone biologique terrestre (Dixon et Krankina, 1995). Le carbone contenu dans les zones humides est estimé à environ 230 gigatonnes (Gt) sur un total denviron 1943 Gt. Au total, les dépôts de tourbe contiendraient, selon les estimations, 541 Gt de carbone (Immirzy et Maltby, 1992).
Tableau 1. Stocks et flux de gaz à effet de serre dans les zones humides (GACGC 1998)
a. Stocks et flux de carbone dans les tourbières |
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| Stocks de carbone (t C ha-1) Sol | Biomasse |
Absorption de carbone (t C ha-1an-1) |
||
Niveau mondial |
1,1811,537 |
Pas de données |
0.10.35 |
|
Tropiques |
1,7002,880 |
500 |
Pas de données |
|
|
1,3141,315 |
120 |
0.170.29 |
|
b. Émissions de méthane par les zones humides naturelles et les rizières, exprimées en équivalents CO2 |
|||||
Émissions de méthane (tCha-1 an-1 ) |
Émissions équivalents CO2 (t C ) Potentiel de réchauffement mondial Facteur GWP / durée en années) |
Région |
|||
Émissions de méthane |
0.050.21 |
2.84.4 |
1.14.4 |
0.31.4 |
Niveau mondial |
| Par les zones humides | 0.260.28 |
14.615.7 |
5.55.9 |
1.71.8 |
Tropiques |
Naturelles |
0.080.15 |
4.58.4 |
1.73.2 |
0.51 |
|
Émissions de méthane |
0.130.89 |
7.349.8 |
2.718.7 |
0.855.8 |
Niveau mondial |
Émissions par les rizières |
|
||||
c. Émissions de CO2 provenant de la transformation des zones humides (marécages et tourbières seulement) |
||
Émissions de CO2 |
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Drainage [t C ha-1an-1] |
Agriculture [t C ha-1an-1] |
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Niveau mondial |
0.230.26 |
110 |
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0.10.32 |
119 |
GWP Global warming potential (Potentiel de rechauffement mondial)
Le tableau 1 résume les stocks et flux de gaz à effet de serre dans les zones humides. Le tableau 1a donne les quantités significatives de carbone stocké dans le sol des tourbières, en particulier des tourbières tropicales et dans la biomasse. Le tableau 1b tient compte des émissions de méthane par les zones humides naturelles et les rizières. Le tableau 1c illustre la quantité considérable démissions de CO2 par les marécages et les tourbières drainés et transformés pour lagriculture.
En raison du caractère anaérobique des zones humides et du peu de matières nutritives disponibles, les stocks de carbone augmentent continuellement dans ces milieux. Corroborant le tableau 1a, Gorham (1991), estime que les tourbières sont un puits mondial de gaz à effet de serre absorbant environ 0,1 Gt C par an. Toutefois, lorsque les tourbières sont drainées, la minéralisation entraîne des émissions considérables, de lordre de 2,5 à 10 tonnes C par ha et par an. Le drainage des forêts tropicales marécageuses peut produire 40 tonnes C par ha et par an. Comme il apparaît au tableau 1c, les émissions totales de carbone dues à la transformation des zones humides en terres agricoles seraient de lordre de 0,05 à 0,11 Gt C par an (Maltby et Immirzy 1993).
Afin dévaluer correctement le potentiel des zones humides naturelles en tant que sources et puits, et la conversion des zones humides, il convient de tenir compte des flux de dioxyde de carbone (CO2), de méthane (CH4) et doxyde nitreux (N2O). Les zones humides et les rizières sont sources dun maximum de 40% des émissions mondiales de méthane dans latmosphère en raison des conditions anoxiques qui prévalent dans leurs sols inondés et de leur forte productivité primaire (Bartlett et Harriss, 1993). Les zones humides boréales et tropicales sont une autre source importante démissions de méthane (tableau 1). Lorsque les zones humides deviennent des terres agricoles, de grandes quantités de CO2 et de N2O sont libérées tandis que les émissions de méthane sont fortement réduites (GACGC 1998). Récemment, Kasimir-Klemedtsson et al. (1997) ont montré que les zones humides dEurope septentrionale accumulent entre 0,16 et 0,25 t C par ha et par an mais que si lon tient compte des émissions de méthane, ces zones humides deviennent une source nette de 0,43 1,1 t C par ha et par an.
Le rôle des zones humides dans le cycle mondial du carbone est mal connu et il faut rassembler davantage de données sur les différents types de zones humides et leurs fonctions en tant que sources et puits de gaz à effet de serre.
2.4 Atténuation des émissions de gaz à effet de serre
Dans le contexte des changements climatiques, latténuation peut être définie comme une stratégie de gestion délibérée visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre provenant de sources et à améliorer létendue et le fonctionnement des puits et réservoirs de gaz à effet de serre. Les zones humides stockent de vastes quantités de carbone et lorsquelles disparaissent ou sont dégradées, le CO2 et dautres gaz à effet de serre sont libérés dans latmosphère en grandes quantités. En conséquence, la conservation des zones humides est un moyen viable de maintenir les stocks actuels de carbone et déviter les émissions de CO2, entre autres.
Actuellement, les zones humides contiennent environ 10% du stock mondial total de carbone (GIEC 1996). En permanence, les zones humides sont menacées de dégradation à cause du développement de linfrastructure et de la transformation pour lagriculture et à dautres fins. En conséquence, la conservation des zones humides pourrait être une stratégie importante pour empêcher laugmentation des émissions de gaz à effet de serre. Pour conserver et utiliser durablement les zones humides en tant quhabitats naturels, il faut appliquer des stratégies de gestion qui empêchent la destruction, la dégradation, la fragmentation et la pollution de ces écosystèmes. Ces stratégies pourraient comprendre une multitude dactivités novatrices en matière dexploitation des ressources naturelles, de législation, de mesures dapplication et dincitation, dévaluation des impacts, de renforcement des capacités et de sensibilisation.
La restauration des zones humides dégradées et la création de zones humides artificielles sont dautres stratégies datténuation. La restauration et la création peuvent compenser, dans une certaine mesure, la disparition de fonctions des zones humides naturelles telles que le stockage des eaux de crue et le rôle régulateur de la qualité de leau (Kusler et Kentulla, 1990) et fournit des possibilités de stockage du carbone.
POINTS CLÉS |
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2.5 Stratégies dadaptation aux effets néfastes des changements climatiques
La gestion des ressources naturelles se caractérise par la nécessité de sadapter en permanence à des circonstances changeantes en «apprenant par la pratique». Dans ce sens, ladaptation aux changements climatiques est semblable, sous de nombreux aspects, à la gestion des ressources naturelles.
Dans le contexte des changements climatiques, ladaptation peut être définie comme une stratégie de gestion délibérée visant à atténuer les effets néfastes des changements climatiques, à augmenter la faculté dadaptation de systèmes vulnérable et à réduire le risque de dommages à lhomme et aux écosystèmes. La remise en état des zones humides peut être une solution de substitution viable aux ouvrages de maîtrise des crues et travaux de dragage entrepris pour lutter contre des inondations plus graves et plus fréquentes qui pourraient être associées aux changements climatiques.
La mesure dans laquelle il est nécessaire délaborer des stratégies dadaptation est déterminée par la vulnérabilité des sociétés aux changements climatiques et la fragilité de certains types de zones humides. Dans le cas des zones humides et des ressources deau, les gestionnaires nont jusquà présent, guère prêté attention aux stratégies de lutte contre les variations et les changements climatiques. Une stratégie dadaptation devrait tenir compte non seulement des modifications physiques mais aussi des changements technologiques et institutionnels permettant de traiter lévolution des conditions.
La faculté dadaptation varie de pays en pays selon les ressources humaines et financières à disposition. La capacité dadaptation est, en outre, fonction des conditions socio-économiques, politiques et juridiques qui varient considérablement dun pays à lautre. Parce que leurs ressources humaines et financières sont limitées, les pays pauvres ont une plus faible capacité dadaptation aux effets des changements climatiques mais, en contrepartie, ils ont peut-être lavantage davoir modifié moins profondément leurs systèmes naturels.
2.5.1 Développement des infrastructures et solutions de substitution
Lun des éléments importants dune stratégie dadaptation aux changements climatiques, est la nécessité dacquérir une plus grande capacité de stockage de leau afin datténuer les effets nuisibles. Boting (1999) estime que la construction de barrages-réservoirs conçus pour contrôler la fréquence accrue des inondations est une haute priorité en Chine. Or, lefficacité des réservoirs pour écrêter des pointes de crues qui risquent de sintensifier sous linfluence des changements climatiques est loin dêtre prouvée. Souvent, les réservoirs sont complètement remplis au moment où se produit une crue extrême, ce qui signifie quils nont pas la capacité nécessaire pour écrêter les pointes de crue, soit lorsquelles sont au plus haut, soit dans la durée.
De plus en plus, on considère que la construction dautres infrastructures telles que levées et digues pour prévenir les grandes inondations et la rectification des cours deau pour permettre un drainage rapide sont des interventions de gestion contre-productives. La restauration et la remise en état des zones humides riveraines permettant linondation de terrains plus vastes serait une stratégie de gestion de substitution appropriée. Après les inondations de 1992 et de 1993, les Pays-Bas ont commencé, à remettre en état les plaines dinondation du Rhin pour permettre linondation de zones contrôlées durant les pointes de crues. Dans la vallée de Napa, en Californie, le Corps dingénieurs de lArmée américaine a récemment commencé à mettre au point des solutions de substitution aux infrastructures traditionnelles de prévention des inondations et sintéresse, entre autres, à la restauration des zones humides.
Il importe tout particulièrement de protéger les zones humides côtières et estuariennes qui pourraient être encore réduites ou touchées par les changements climatiques. Empêcher un stress supplémentaire risquant de réduire la capacité des zones humides de réagir aux changements climatiques est une stratégie dadaptation importante. En conséquence, réduire la pollution, éviter de retirer la végétation et protéger la biodiversité et lintégrité des zones humides sont des activités viables de maintien et damélioration de la capacité dadaptation des écosystèmes de zones humides pour quils puissent continuer de fournir leurs services importants malgré lévolution du climat. (Kusler et al. 1999). Autre stratégie dadaptation importante: la prévention de la fragmentation des zones humides. Les espèces peuvent se déplacer, en réaction aux changements climatiques, si les écosystèmes sont reliés entre eux. En dautres termes, la préservation des voies de migration est une mesure sage. Le maintien des caractéristiques du cours des rivières, y compris les cours lents, est un autre moyen important de conserver les systèmes de zones humides.
2.5.2 Évaluation et choix des stratégies dadaptation
Les responsables des ressources en eau et en zones humides partent de lhypothèse classique que la base de ressources de lavenir ne sera pas sensiblement différente de celle du passé. Les techniques qui servent à déterminer la disponibilité à moyen et à long terme des ressources, en particulier de leau, ne tiennent pas explicitement compte des changements climatiques.
Limpact des changements climatiques sur les zones humides et les ressources deau ajoute une incertitude à la variabilité naturelle de ces ressources à léchelle des décennies. Dans de nombreux cas, létendue et le rythme des changements sont mal connus. Les changements climatiques ne sont pas parmi les paramètres qui influencent les décisions concernant les grands projets de développement et de maintien de linfrastructure côtière, fluviale, dirrigation et dapprovisionnement en eau.
Les responsables de la gestion de leau et de la zone côtière ne tiennent généralement pas compte des changements climatiques dans leurs scénarios de prévisions relatives aux ressources deau. Lorsque cest le cas, différentes organisations utilisent différents scénarios afin de déterminer lincertitude causée par les changements climatiques, notamment en ce qui concerne le rendement des puits ou lérosion des littoraux. Certaines organisations utilisent la «moyenne» comme indicateur des changements climatiques, dautres utilisent le «pire des cas» ou la «meilleure hypothèse». En général, on sest attaché à prévoir les incertitudes climatiques plutôt quà élaborer une véritable méthode de gestion pouvant tenir compte de lincertitude en général et comprendre, par exemple, des ajustements dans les infrastructures pour permettre, si nécessaire, une gestion différente ou une amélioration. Les barrages, par exemple, peuvent être conçus et construits en prévoyant différentes sorties deau à différentes hauteurs pour permettre des libérations deau en vue de maintenir les caractéristiques du cours des rivières. Avec lévolution du climat, il faudra mettre davantage laccent sur ces aspects de la gestion de leau et des zones côtières.
2.5.3 Capacités dadaptation selon les sociétés et les institutions
La mesure dans laquelle les sociétés et les institutions peuvent sadapter aux changements climatiques dépendra de leur aptitude à gérer loffre et la demande deau. Traditionnellement, la gestion de leau met laccent sur loffre et lon se contente dagrandir les réseaux de distribution. Depuis peu, la gestion de la demande est devenue une stratégie de substitution viable. Le prix de leau et dautres mesures dincitation sont parmi les principaux mécanismes dapplication de cette stratégie.
Il faut appliquer des mesures de gestion allant dans le même sens à dautres ressources que leau laménagement de la zone côtière, par exemple, devrait comprendre la gestion des débarquements de poissons et de la demande (par exemple, le tourisme qui crée un besoin de développement) - pour permettre une adaptation à des conditions nouvelles dues aux changements climatiques. Les sociétés capables de gérer à la fois loffre et la demande seront sans doute plus adaptables aux changements climatiques que celles qui ne le pourront pas.
Les incertitudes qui planent de plus en plus sur le capital de ressources appellent la mise au point de stratégies pour réduire les incertitudes. Par exemple, des systèmes de stockage de leau à réservoir unique sont extrêmement sensibles: une baisse du réservoir en deçà dun seuil critique affectera directement les usagers. Ces systèmes nont généralement pas la souplesse nécessaire pour sadapter aux changements climatiques et peuvent considérablement augmenter le risque dinondations saisonnières ou de sécheresses extrêmes. Les systèmes généralement intégrés sont beaucoup plus solides et plus capables de sadapter car, selon les conditions, des ressources multiples peuvent être attribuées à des besoins multiples. La gestion intégrée de différents types de ressources, notamment leau douce disponible, lirrigation, la pêche et le tourisme, est le garant du bon fonctionnement de tels systèmes.
La faculté dadaptation aux changements climatiques dépend également beaucoup de la capacité institutionnelle délaborer et dappliquer de telles stratégies; elle est essentiellement fonction du contexte socio-économique, politique, juridique et institutionnel dans lequel linstitution fonctionne. Les pays qui investissent dans le maintien et le renforcement de leurs capacités dintégrer et de gérer lincertitude sont sans doute beaucoup plus capables de sadapter aux changements climatiques que les autres. À léchelle mondiale, il importe dévaluer lélaboration et la mise en uvre de stratégies de gestion de substitution dans différents contextes et de mener des travaux de recherche à cet égard. Toutefois, dans de nombreux cas, il faudra une plus grande sensibilisation à différents niveaux avant que de tels investissements se fassent.
POINTS CLÉS |
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2.6 Conclusion
Les zones humides sont des écosystèmes dimportance critique qui apportent de grands avantages sociaux, économiques et environnementaux au niveau mondial. Les changements climatiques auront probablement des impacts sévères et compromettront laptitude des zones humides à fournir ces avantages. Lélévation du niveau des mers, la décoloration des coraux, les changements dans lhydrologie et dans la température des masses deau entraîneront une réduction des biens et services fournis par les zones humides. En outre, les efforts déployés pour réagir aux changements climatiques peuvent aussi avoir des effets négatifs et aggraver les impacts sur les écosystèmes deau douce et côtiers.
Les objectifs de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides ne pourront être atteints si lon ne tient pas compte des changements climatiques. Linformation sur les conséquences des changements climatiques sur certains types de zones humides et de bassins hydrographiques, qui permettrait aux gestionnaires des ressources deau et des zones humides dintégrer les changements climatiques dans leurs efforts daménagement et de gestion, fait cruellement défaut. On estime généralement, toutefois, que le moyen le plus efficace de lutter contre les effets nuisibles des changements climatiques consiste à éliminer les pressions existantes sur les zones humides et à améliorer leur faculté dadaptation.
Les zones humides jouent un rôle important dans le cycle mondial du carbone et sont des sites importants de stockage du carbone. Lorsque les zones humides sont transformées, elles émettent de grandes quantités de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre. Conserver, maintenir ou remettre en état les écosystèmes de zones humides peut être un élément viable dune stratégie générale datténuation des changements climatiques. Néanmoins, il faudra disposer de plus dinformations sur les types spécifiques de zones humides et leur rôle dans la stabilisation des climats mondial et locaux, pour faciliter les efforts de conservation et dutilisation rationnelle des écosystèmes de zones humides.
3. Explorer les liens entre la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
Prenant appui sur lanalyse qui précède, cette section traite des domaines où la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur les zones humides se recoupent. On y décrit les programmes de travail pertinents appliqués par les deux Conventions, ainsi que les travaux connexes du Groupe intergouvernemental dexperts sur lévolution du climat, de la Convention sur la diversité biologique et du Fonds pour lenvironnement mondial.
3.1 Travaux pertinents de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
Dans le programme de travail de la Convention, il y a au moins quatre thèmes qui intéressent la Convention sur les zones humides: laffectation des terres, les changements daffectation des terres et la foresterie; lapplication de larticle 4 alinéas 8 et 9 de la Convention (Effets néfastes); les mécanismes découlant des articles 6, 12 et 17 du Protocole de Kyoto; et le transfert de technologies. Ces thèmes sont brièvement décrits ci-après.
3.1.1 Affectation des terres, changement daffectation des terres et foresterie
Larticle 3.3 du Protocole de Kyoto stipule que les «activités humaines directement liées aux changements daffectation des terres et à la foresterie et limitées au boisement, au reboisement et au déboisement depuis 1990 qui correspondent à des variations vérifiables des stocks de carbone» sont utilisées par les pays développés Parties (annexe I) pour remplir leurs engagements concernant les réductions et la limitation quantifiée de leurs émissions. Larticle 3.4 autorise les Parties à décider quelles activités humaines supplémentaires directement liées aux changements daffectation des terres et à la foresterie doivent être ajoutées ou retranchées aux quantités attribuées aux Parties visées à lannexe I du Protocole. Cette décision, qui devrait être prise à la première réunion des Parties au Protocole de Kyoto après lentrée en vigueur de celui-ci, sappliquerait à la deuxième période dengagement mais les Parties visées à lannexe I peuvent décider de lappliquer à la première période dengagement. Il ny a pas de mention explicite des activités anthropiques en rapport avec les zones humides ou dautres biomes, que ce soit au paragraphe 3 ou au paragraphe 4 de larticle 3 du Protocole.
LOrgane subsidiaire de conseil scientifique et technologique de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la COP continuent de délibérer sur les changements daffectation des terres et les questions de foresterie en rapport avec la Convention et son Protocole de Kyoto. À la demande de lOrgane subsidiaire, le Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a tenu deux ateliers techniques sur les changements daffectation des terres et la foresterie. Le premier (octobre 1998, Rome, Italie) a étudié des définitions pour les activités énumérées à larticle 3.3 du protocole boisement, reboisement et déboisement utilisées par les Parties et les organisations internationales et les effets de ces définitions. Le deuxième (avril 1999, Indianapolis, États-Unis) a traité des activités supplémentaires envisagées dans le cadre de larticle 3.4 du Protocole, y compris les méthodologies, les incertitudes et les besoins de recherche. À la COP5 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Bonn, Allemagne, 25 octobre au 5 novembre 1999), les Parties devraient examiner un programme de travail sur laffectation des terres, les changements daffectation des terres et la foresterie. À la COP6 (La Haye, Pays-Bas, date à définir), des projets de décision concernant les changements daffectation des terres et les activités de foresterie seront formulés en vue de leur adoption par la première réunion des Parties au Protocole de Kyoto, dès que laccord sera entré en vigueur. Les décisions porteront sur les définitions des termes employés à larticle 3 alinéa 3, les règlements, les modalités et les lignes directrices concernant larticle 3 alinéa 4, ainsi que les lignes directrices concernant des informations complémentaires sur le contenu de larticle 7 alinéas 1 et 4 (inventaire des émissions et communications nationales).
3.1.2 Application de larticle 4 alinéas 8 et 9 de la Convention
Dans son article 4.8, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques demande que les Parties étudient les mesures concernant notamment le financement, lassurance et le transfert de technologies, qui doivent être prises pour répondre aux besoins et préoccupations spécifiques des pays en développement Parties face aux effets néfastes des changements climatiques et/ou à limpact des mesures de riposte. Un certain nombre de types de pays directement concernés par la Convention sur les zones humides sont énumérés en particulier les petits États insulaires; les pays ayant des zones côtières de faible élévation; les pays ayant des zones arides et semi-arides, des zones de forêt et des zones sujettes au dépérissement des forêts; les pays ayant des zones sujettes à des catastrophes naturelles; les pays ayant des zones sujettes à la sécheresse et à la désertification; et les pays ayant des écosystèmes fragiles. Larticle 4.9 demande que les Parties tiennent pleinement compte, dans leur action concernant le financement et le transfert de technologies, des besoins particuliers et de la situation spéciale des pays les moins avancés, y compris ceux qui possèdent des zones humides.
Les articles 2.3 et 3.14 du Protocole de Kyoto demandent aux Parties visées à lannexe I dappliquer les politiques et mesures ainsi que les engagements énoncés dans le Protocole de manière à atténuer le plus possible les effets néfastes des changements climatiques et les impacts des mesures de riposte, par exemple les impacts sur le commerce international et les impacts sociaux, environnementaux et économiques sur les Parties.
À la COP4 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Buenos Aires, Argentine, 2 au 14 novembre 1998), les Parties ont décidé dadopter et dappliquer le programme de travail sur ce sujet. Le Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a tenu un atelier dexperts (21 au 24 septembre 1999, Bonn, Allemagne) chargé détudier la mise en uvre de ces dispositions. Selon le programme de travail, la COP5 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques devrait prendre des décisions concernant les premières mesures en vue dappliquer larticle 4 alinéas 8 et 9 de la Convention ainsi que les articles 2.3 et 3.14 du Protocole de Kyoto. Toute action supplémentaire sera prise à la COP6 de la Convention.
3.1.3 Mécanismes découlant des articles 6, 12 et 17 du Protocole de Kyoto
Le Protocole de Kyoto établit trois mécanismes afin daider les pays développés Parties (annexe I) à remplir leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre: échange international des unités démission (article 17), activités exécutées conjointement par les Parties visées à lannexe I (article 6) et Mécanisme pour un développement propre (article 12). Larticle 6 autorise explicitement les projets dont le but est de réduire les émissions ou de renforcer labsorption, dans le secteur des changements daffectation des terres et de la foresterie. Toutefois, le champ daction de telles activités na pas encore été défini. Le Mécanisme pour un développement propre nest pas aussi précis et le rôle des changements daffectation des terres et des activités forestières dans le Mécanisme doit encore être éclairci par les Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, de même que le rôle de toute autre stratégie ou option datténuation.
À la COP4, les Parties ont arrêté un programme de travail pour la conception et la mise en uvre des trois mécanismes en donnant la priorité à lélaboration de modalités et procédures pour le Mécanisme pour un développement propre. Parmi les questions intéressant la Convention sur les zones humides, qui sont à lexamen dans le programme de travail, il y a la réalité des changements climatiques, les mesures dadaptation et le renforcement maximal des avantages environnementaux des mécanismes. Des projets de décision portant sur tous les mécanismes (articles 6, 12 et 17 du Protocole de Kyoto) devraient être formulés à la COP6 pour adoption à la première réunion des Parties au Protocole de Kyoto qui se réunira dès lentrée en vigueur de celui-ci.
3.1.4 Élaboration et transfert de technologies
Larticle 4.5 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques demande aux pays développés Parties (annexe I) de prendre des mesures pratiques pour encourager, faciliter et financer le transfert ou laccès de technologies écologiquement rationnelles aux pays en développement Parties afin de leur permettre dappliquer la Convention. À la COP4 de la Convention, les Parties ont demandé à lOrgane subsidiaire de mettre en place un processus consultatif afin dexaminer une liste de problèmes et de questions et de faire des recommandations en vue de prendre des mesures avisées et efficaces concernant lélaboration et le transfert de technologies. Le processus consultatif pourrait comprendre des réunions régionales, des ateliers régionaux et un atelier de lOrgane subsidiaire. La décision de la COP4 demande aux pays développés Parties (annexe I) de fournir une assistance aux pays en développement Parties afin de renforcer leurs capacités de gestion durable, de conservation et damélioration des puits et réservoirs, y compris les forêts et les océans de même que dautres écosystèmes terrestres, côtiers et marins, notamment les zones humides. Elle demande en outre aux Parties visées à lannexe I daider les pays en développement Parties à renforcer leur capacité dadaptation aux effets néfastes des changements climatiques. Une décision concernant le transfert de technologies devrait être adoptée à la COP5.
Le Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a été spécifiquement chargé de poursuivre ses travaux en vue de synthétiser et diffuser linformation sur des technologies et des connaissances écologiquement rationnelles permettant datténuer les changements climatiques et de contribuer à ladaptation. Le Secrétariat a été prié de donner la priorité à ces activités dans la prochaine période biennale et de consolider encore ses activités en faveur du renforcement des capacités, dans les pays en développement Parties, par le transfert de technologies et de savoir-faire écologiquement rationnels.
3.2 Travaux pertinents de la Convention sur les zones humides
Les Parties contractantes à la Convention ont adopté plusieurs résolutions et/ou recommandations directement en rapport avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Celles-ci sont brièvement décrites ci-après, ainsi que dautres dispositions de la Convention sur les zones humides et de son Plan stratégique.
Ce qui distingue la Convention sur les zones humides, cest quelle a fait du concept «dutilisation rationnelle» une partie intégrante de lidée de conservation de la nature (article 3.1). Limportance centrale du concept dutilisation rationnelle a été progressivement et de plus en plus reconnue depuis la signature de la Convention, en 1971. À la COP3 de Ramsar, à Regina, Canada, en 1987, les Parties contractantes ont adopté la définition suivante d«utilisation rationnelle» dans une annexe à la Recommandation 3.3: «Lutilisation rationnelle des zones humides consiste en leur utilisation durable au bénéfice de lhumanité dune manière compatible avec le maintien des propriétés naturelles de lécosystème.» Le terme «utilisation durable» a été précisé comme suit: «Utilisation par lhomme dune zone humide de manière que les générations présentes en tirent le maximum davantages durables tout en maintenant sa capacité de satisfaire les besoins et les aspirations des générations futures.»
Lors de réunions ultérieures de la Conférence des Parties, les Parties contractantes à la Convention sur les zones humides ont adopté les «Lignes directrices pour la mise en uvre du concept dutilisation rationnelle» (COP4 de Ramsar, Montreux, Suisse, 1990) et les «Orientations complémentaires pour lapplication du concept dutilisation rationnelle» (COP5 de Ramsar, Kushiro, Japon, 1993). Les deux documents ont pour objet daider les gestionnaires des zones humides à remplir les obligations contractées par leur pays lorsquil a adhéré à la Convention.
3.2.1 Résolutions et/ou recommandations
La nécessité de resserrer les liens avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, devant les impacts potentiels des changements climatiques sur les zones humides, est clairement énoncée dans lAction 7.2.7 du Plan stratégique Ramsar (1997-2002), adopté par les Parties contractantes à la Convention de Ramsar à la COP6 (Brisbane, Australie, 19 au 27 mars 1996). Par la suite, à la COP7 de Ramsar (San José, Costa Rica, 10 au 18 mai 1999), trois décisions ont été adoptées qui font référence à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et à la question des changements climatiques.
La Résolution VII.4 sur le partenariat et la coopération avec dautres conventions charge le Bureau Ramsar (Secrétariat) de donner la priorité, dans son travail de la prochaine période triennale, à lélaboration dun protocole de coopération avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et lui demande, de plus, dencourager la participation du Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, entre autres, aux efforts dharmonisation de la gestion de linformation.
La Recommandation 7.1 sur la préparation dun Plan daction mondial pour lutilisation rationnelle et la gestion des tourbières note la nécessité dinclure toutes les initiatives relatives à la séquestration et aux puits de carbone dans les zones humides comme thèmes clés des débats mondiaux, dans le cadre du Protocole de Kyoto à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Les Parties contractantes ont approuvé le Projet de plan daction mondial pour lutilisation rationnelle et la gestion des tourbières (voir ci-après) et invité le Groupe dévaluation scientifique et technique de la Convention de Ramsar ainsi que les organisations internationales partenaires de Ramsar à aider les Parties contractantes à évaluer ce Plan daction dans le but de préparer:
La Recommandation 7.2 sur les petits États insulaires note les intérêts directs et urgents des petits États insulaires en développement face aux impacts des changements climatiques et le rôle important des zones humides pour les aider à lutter contre ces menaces. La Recommandation approuve fermement la mise au point du protocole de coopération entre la Convention de Ramsar et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques préconisé dans la Résolution VII.4.
3.2.2 Projet de Plan daction mondial pour lutilisation rationnelle et la gestion des tourbières
En annexe à la Recommandation 7.1, le Plan daction reconnaît que les tourbières sont un élément important du puits de carbone mondial et une ressource économique précieuse. La recommandation énumère plusieurs mesures intéressant éventuellement la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Le Plan daction recommande en particulier aux Parties contractantes à la Convention de Ramsar de garantir que les questions de développement durable, dutilisation rationnelle, de gestion et de conservation des tourbières au niveau international soient abordées dans les débats et dans les résolutions préparées pour les réunions de la Convention sur les zones humides et dautres traités internationaux de lenvironnement tels que la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la Convention sur la diversité biologique et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Le Plan daction détermine également, comme priorité de recherche, la nécessité dobtenir de nouvelles informations sur les conséquences de lutilisation des ressources de tourbières sur les émissions de gaz à effet de serre.
3.2.3 Cadre dévaluation des risques pour les zones humides
La Résolution VII.10 a adopté le Cadre dévaluation des risques pour les zones humides pour aider les Parties contractantes à la Convention de Ramsar à prévoir et évaluer les changements dans les caractéristiques écologiques des sites inscrits sur la Liste des zones humides dimportance internationale et dautres zones humides. Le Cadre fournit des orientations sur les moyens de prévoir et dévaluer les changements dans les caractéristiques écologiques des zones humides et de promouvoir, en particulier, les systèmes dalerte rapide.
Cinq grandes catégories de changements néfastes dans les caractéristiques écologiques dune zone humide ont été déterminées: changement du régime de leau; pollution de leau; modification physique; exploitation des produits biologiques et introduction despèces exotiques. Actuellement, il nexiste pas de méthode dévaluation permettant de prévoir ou dannoncer des effets défavorables associés aux changements climatiques. Toutefois, lObjectif opérationnel 5.1 du Plan de travail de la Convention de Ramsar 2000-2002, approuvé à la COP7, demande instamment aux Parties contractantes de maintenir les caractéristiques écologiques des sites Ramsar. LAction 5.1.6 demande au Groupe dévaluation scientifique et technique (GEST) de la Convention de Ramsar de préparer, en collaboration avec le Bureau Ramsar et les Organisations internationales partenaires, dici la COP8 «une évaluation complète des impacts potentiels des changements climatiques sur les zones humides et du rôle que les zones humides peuvent jouer pour atténuer certains effets des changements climatiques et de lélévation du niveau des mers».
3.2.4 Lignes directrices pour lintégration de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides dans la gestion des bassins hydrographiques
La Résolution VII.18 de la COP7 de Ramsar a adopté des Lignes directrices pour lintégration de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides dans la gestion des bassins hydrographiques et toutes les Parties contractantes sont priées de donner la priorité à lapplication de ces Lignes directrices.
À la COP6 de Ramsar, les Parties contractantes ont reconnu «les fonctions hydrologiques importantes des zones humides, notamment la recharge des nappes souterraines, lamélioration de la qualité de leau et la maîtrise des crues ainsi que les liens inextricables entre les ressources deau et les zones humides et la nécessité de planifier à léchelle du bassin hydrographique ce qui suppose dintégrer la gestion des ressources deau et la conservation des zones humides». LObjectif opérationnel 2.2 du Plan stratégique 1997-2002 approuvé à la COP6 demande aux Parties «dintégrer la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides dans les plans et décisions nationaux, provinciaux et locaux relatifs à loccupation des sols, à la gestion des eaux souterraines, aux bassins versants/fluviaux et à la zone côtière, ainsi que dans toutes les autres mesures de planification et de gestion de lenvironnement». Les Lignes directrices ont été conçues pour aider les Parties à poursuivre cet objectif.
Les Lignes directrices notent quun élément essentiel, en matière de gestion des bassins hydrographiques, est la connaissance de loffre et de la demande actuelles et futures portant sur les ressources deau, en tenant compte des impacts possibles des changements climatiques. Elles reconnaissent aussi que cest lorsque se produisent des événements extrêmes, éventuellement associés à des changements et à des variations du climat, que les plus grands dommages sont causés à lenvironnement et, en particulier, aux ressources deau. Les Lignes directrices font référence à la nécessité dentreprendre des évaluations de loffre et de la demande actuelles et futures portant sur les ressources deau à lintérieur dun bassin hydrographique pour satisfaire à la fois les besoins écologiques et les besoins humains et déterminer des éventuels domaines de pénurie ou de conflit.
Dans la Résolution VII.18, les Parties contractantes ont chargé le Bureau Ramsar de veiller à ce que ces lignes directrices ainsi que dautres lignes directrices connexes de la Convention sur les zones humides, soient portées à lattention des Conventions internationales pertinentes, y compris la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, dans le but de garantir que les aspirations de la Convention sur les zones humides soient reflétées dans les activités des autres traités. Elle recommande aussi une coordination étroite au niveau national, entre les autorités administratives Ramsar et les correspondants dautres conventions et accords internationaux relatifs aux sujets concernés.
3.3 Travaux connexes du Groupe intergouvernemental dexperts sur lévolution du climat (GIEC)
Le GIEC, organe responsable de lévaluation de linformation scientifique, technique et socio-économique relative aux risques de changements climatiques induits par lhomme, participe actuellement à trois activités qui ont un rapport direct avec les liens entre la Convention de Ramsar et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques: le Troisième Rapport dévaluation, le Rapport spécial sur laffectation des terres, les changements daffectation des terres et la foresterie et le Rapport spécial sur le transfert de technologies.
3.3.1 Troisième Rapport dévaluation
Après le Deuxième Rapport dévaluation, publié en 1995, le GIEC est en train de préparer le Troisième Rapport dévaluation qui étudie les dimensions scientifiques, techniques et socio-économiques des changements climatiques en rapport avec les politiques et sera un recueil des rapports des trois groupes de travail du GIEC.
Le Groupe de travail II étudiera les aspects scientifique, technique, environnemental, économique et social de la vulnérabilité aux changements climatiques. Il étudiera létat des connaissances sur les impacts des changements climatiques sur lhydrologie et les ressources deau, notamment les changements dans le cycle hydrologique et les effets sur loffre et la demande deau. Il examinera aussi létat des connaissances sur les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes naturels et gérés tels que les lacs, les cours deau, les pêcheries en eau douce et les zones humides et traitera des impacts des changements climatiques sur les zones côtières et les écosystèmes marins, y compris lélévation du niveau des mers. Des évaluations régionales seront préparées sur la vulnérabilité de lAfrique, lAsie, lAustralasie, lEurope, lAmérique latine, lAmérique du Nord, des régions polaires et des petits États insulaires.
Le Groupe de travail III étudiera les mesures de riposte aux changements climatiques, en particulier le potentiel technologique et économique des options en vue daméliorer, de maintenir et de gérer les réservoirs biologiques de carbone. Le Troisième Rapport dévaluation sera soumis à une évaluation interne préliminaire, en septembre-octobre 1999, qui sera suivie de deux évaluations par les gouvernements pendant lannée 2000. Le Rapport sera terminé en juin 2001.
3.3.2 Rapport spécial sur laffectation des terres, les changements daffectation des terres et la foresterie
Cest lOrgane subsidiaire de conseil scientifique et technologique de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui a demandé ce rapport, à sa huitième réunion, en juin 1998, afin de répondre aux incertitudes concernant lapplication des dispositions du Protocole de Kyoto sur les forêts et les changements daffectation des terres. Le rapport a pour objet de fournir des informations scientifiques, techniques, économiques et sociales sur les activités de séquestration du carbone concernant laffectation des terres et la foresterie, susceptibles de réduire les concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre. et aidera les gouvernements à mettre en application larticle 3 alinéas 3 et 4 ainsi que dautres dispositions pertinentes du Protocole de Kyoto. Le rapport se concentrera avant tout sur le dioxyde de carbone mais traitera également des émissions de méthane et doxyde nitreux par les zones humides, par exemple. Remis pour évaluation préliminaire en juillet-août 1999, le rapport sera soumis à deux autres évaluations durant les neuf mois qui viennent et sera terminé en juin 2000.
3.3.3 Rapport spécial sur le transfert de technologies
Ce rapport a été demandé par lOrgane subsidiaire de conseil scientifique et technologique de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques afin didentifier et dévaluer lefficacité potentielle des options visant à accélérer lélaboration et la diffusion de technologies pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et sadapter aux changements climatiques par différents mécanismes. Le rapport se concentrera sur la demande et loffre dénergie, lagriculture, la foresterie et les technologies dadaptation dans les régions côtières ainsi que sur les pratiques en rapport avec le renforcement des capacités, les réseaux dinformation et la formation qui sont conçues pour faciliter lapplication des technologies. Il analysera les obstacles au transfert et à lapplication ainsi que les moyens prometteurs de surmonter ces obstacles. Actuellement en phase de révision finale par les gouvernements, le rapport sera terminé au début de lan 2000.
3.4 Travaux connexes et décisions de la Convention sur la diversité biologique
Deux éléments du programme de travail de la Convention sur la diversité biologique (CDB) sont étroitement reliés tant à la Convention sur les zones humides quà la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques: le Plan de travail conjoint entre la CDB et la Convention sur les zones humides et le Programme de travail marin et côtier.
3.4.1 Plan de travail conjoint entre la CDB et la Convention sur les zones humides
À la COP6 de Ramsar (Brisbane, Australie), les Parties contractantes ont adopté la Résolution VI.9 qui mentionnait limportance des zones humides pour la conservation de la biodiversité mondiale. Reconnaissant la nécessité dutiliser au mieux des ressources rares, une gamme de mesures visant à promouvoir la coopération avec la Convention sur la diversité biologique (CDB) a été identifiée. Réciproquement, à la COP3 de la CDB, les Parties ont adopté la Décision III/21 qui demandait à la Convention sur les zones humides de servir de «chef de file» pour les activités de la CDB relatives à la biodiversité des zones humides.
Après une étude des domaines dintérêt commun et de la coopération possible, un Protocole de coopération a été signé entre les Secrétariats des deux Conventions et un Plan de travail conjoint a été préparé. Officiellement adopté à la COP4 de la CDB (4 au 15 mai 1998, Bratislava, Slovaquie), il encourage la coopération sur un certain nombre de points, tels que:
3.4.2 Programme de travail marin et côtier
À la COP4 de la CDB, les Parties ont adopté la Décision IV/5 sur la conservation et lutilisation durable de la diversité biologique marine et côtière, y compris un programme de travail. Tant la décision que le programme de travail intéressent directement la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention de Ramsar. Dans le cas de cette dernière, il convient de rappeler quelle définit les zones humides de manière à inclure les écosystèmes côtiers et marins tels que les récifs coralliens, les herbiers marins et les mangroves (article 1.1).
Les Parties à la CDB, dans la Décision IV/5, ont exprimé leur profonde préoccupation devant létendue récente et la gravité de la décoloration des coraux dont les pays africains ont fait état et causées par des températures de leau anormalement élevées depuis janvier 1998. Les Parties ont reconnu quil en résulte un appauvrissement potentiel grave de la biodiversité et des impacts socio-économiques. Elles ont noté que ce phénomène est une conséquence possible du réchauffement planétaire. Les Parties ont alors chargé lOrgane subsidiaire de la CDB chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques, de présenter une analyse de ce phénomène et de fournir des informations à la COP5 (mai 2000, Nairobi, Kenya) pour examen et ont invité la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques à traiter cette question de toute urgence dans ses délibérations.
Afin daider lOrgane subsidiaire de la CDB à traiter cette question, le Secrétariat de la CDB a proposé dorganiser une consultation dexperts sur la décoloration des coraux, prévue à lorigine pour octobre 1999 et dont les objectifs seraient:
i) fournir loccasion de mieux intégrer différents types de connaissances sur la question (par exemple écologiques, socio-économiques, etc.)
ii) mieux comprendre les impacts de la décoloration des coraux sur la biodiversité des récifs coralliens et des écosystèmes qui les entourent
iii) analyser les effets socio-économiques qui découlent de lappauvrissement de la biodiversité dû à la décoloration des coraux
iv) déterminer les mesures de prévention et datténuation les plus adaptées
v) analyser les effets de la décoloration des coraux sur la biodiversité dans le cadre dune approche à léchelle de lécosystème
vi) déterminer les lacunes cruciales dans linformation et les connaissances concernant ce problème et suggérer des mesures pour combler ces lacunes.
La consultation dexperts devrait aboutir à la production dun rapport qui énonce le consensus scientifique sur le phénomène de décoloration des coraux, ses causes et ses effets écologiques; les impacts de la décoloration des coraux sur la biodiversité et les impacts socio-économiques. Le rapport conclura par des recommandations et énoncera les priorités de recherche pour traiter la question de la décoloration des coraux. Il sera soumis à lattention de lOrgane subsidiaire de la CDB lors de sa cinquième réunion (janvier 2000, Montréal, Canada).
LObjectif opérationnel 1.3 du Programme de travail sur la diversité biologique marine et côtière, adopté à la COP4 de la CDB, invite instamment les Parties à élaborer des lignes directrices pour lévaluation et létude des écosystèmes et, en particulier, des indicateurs qui permettent détablir une distinction entre les effets naturels et les effets induits par lhomme. Cela comprendrait les changements climatiques induits par lhomme. LActivité 1.3 (c) demande aux Parties de promouvoir lidentification dhabitats clés pour les ressources biologiques marines sur une base régionale, y compris les habitats des récifs coralliens, dans le but dapprofondir les politiques de prévention de la destruction de ces habitats et avec pour objectif de chercher à les restaurer.
3.5 Relations avec le Fonds pour lenvironnement mondial (FEM)
En octobre 1995, le Conseil du FEM a adopté 10 programmes opérationnels qui couvrent quatre domaines thématiques: biodiversité, changements climatiques, eaux internationales et appauvrissement de lozone. Le Programme opérationnel qui traite de la biodiversité comprend les écosystèmes des zones arides et semi-arides; les écosystèmes côtiers, marins et deau douce; les écosystèmes de forêt et les écosystèmes de montagne. Le Programme opérationnel qui traite des changements climatiques comprend les économies dénergie et la conservation, lénergie renouvelable et les technologies énergétiques à faible émission de gaz à effet de serre. Les Programmes opérationnels qui traitent des eaux internationales comprennent les masses deau et la gestion intégrée des terres et de leau. La présente section passe brièvement en revue les relations entre le Fonds pour lenvironnement mondial et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur les zones humides.
3.5.1 Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
Les Parties ont décidé à la COP4, en novembre 1998, que le Fonds pour lenvironnement mondial serait une entité chargée dexécuter le mécanisme financier mentionné à larticle 11 de la Convention. Dautres orientations ont été données, demandant au FEM de fournir un financement aux pays en développement Parties afin dappliquer les mesures dadaptation dans les pays vulnérables aux effets nuisibles des changements climatiques. Les orientations demandaient aussi au FEM daider à identifier des technologies de pointe, écologiquement rationnelles, pour traiter les changements climatiques et atténuer leurs effets nuisibles et pour renforcer la capacité des réseaux dobservation afin de réduire les incertitudes scientifiques relatives aux causes, aux effets, à lampleur et à loccurrence des changements climatiques.
3.5.2 Convention sur les zones humides
Bien que le Fonds pour lenvironnement mondial ne soit pas un mécanisme financier de la Convention de Ramsar, son rôle dappui à la conservation de la diversité biologique dans les écosystèmes deaux intérieures (dans le contexte du Plan de travail conjoint CDB-Ramsar pour les écosystèmes aquatiques intérieurs) a été mentionné dans les décisions prises par les Parties contractantes à la Convention. Plus précisément, la Résolution VII.4 de la COP7 de Ramsar renvoie à la décision IV/4 de la COP4 de la CDB qui invite les Parties contractantes, lorsquelles demandent un appui au Fonds pour lenvironnement mondial, à donner la priorité aux points suivants:
i) identification des écosystèmes deaux intérieures en tenant compte des critères Ramsar relatifs aux zones humides dimportance internationale
ii) préparation et mise en uvre de plans de gestion intégrés pour les bassins versants et les bassins hydrographiques, et
iii) étude des processus qui contribuent à lappauvrissement de la diversité biologique dans les écosystèmes deaux intérieures.
Les projets de cette nature, financés par le FEM, intéressent la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques dans la mesure où ils apportent un financement aux pays en développement Parties aux deux Conventions et leur permettent didentifier des technologies de pointe et un savoir-faire écologiquement rationnels et dappliquer des mesures dadaptation pour faire face aux effets nuisibles des changements climatiques.
3.5.3 Éléments dun Programme opérationnel sur la séquestration du carbone
Les efforts déployés par le Fonds pour lenvironnement mondial en vue délaborer un Programme opérationnel pour promouvoir la séquestration du carbone et dautres avantages mondiaux dune utilisation intégrée des écosystèmes intéressent à la fois la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention de Ramsar. Dans le cadre de la Stratégie opérationnelle du FEM, approuvée par le Conseil du FEM en octobre 1995, le FEM a reçu instruction détudier un Programme opérationnel sur la séquestration du carbone. En conséquence, le Secrétariat du FEM a entrepris un processus de consultation afin de préparer les éléments dun Programme opérationnel dans ce domaine. À la réunion de mai 1999 du Conseil du FEM, le document GEF/C.13/14, Éléments dun Programme opérationnel sur la séquestration du carbone a été étudié. Les éléments ont été approuvés et le Secrétariat du FEM a été prié de poursuivre les consultations sur lélaboration dun Programme opérationnel avec les partenaires et parties prenantes concernées, y compris les Secrétariats de la Convention sur la diversité biologique, de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et de la Convention sur la lutte contre la désertification.
Dans le document intitulé Éléments dun Programme opérationnel sur la séquestration du carbone, il nest pas fait mention explicite des zones humides, mais il est clair que la Convention de Ramsar est concernée dans la mesure où le programme cherche à fournir des avantages en matière de protection des bassins versants, de contrôle de la dégradation des sols et de conservation des écosystèmes marginaux tels que les zones humides. Le FEM a convoqué une consultation dexperts en septembre 1999 afin détudier le document. Le projet de programme opérationnel devrait être examiné par le Conseil du FEM à sa prochaine réunion, en décembre 1999.
Tableau 2. Organes pertinents de la Convention de Ramsar et de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC)
Convention de Ramsar |
Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques |
Parties contractantes |
Parties |
| Comités nationaux / Autorités administratives | Comités nationaux |
| Conférence des Parties | Conférence des Parties |
| Comité permanent | Bureau |
| Groupe dévaluation scientifique et technique (GEST) et correspondants nationaux | Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique |
| Organe subsidiaire pour la mise en uvre | |
| Bureau Ramsar (Secrétariat) | Secrétariat de la Convention |
| GIEC | |
| FEM | |
| Organisations internationales partenaires (Wetlands International, BirdLife International, UICN Union mondiale pour la nature et WWF Fonds mondial pour la nature | Organisations observatrices |
4. Vers la collaboration: proposition dun ensemble dactions conjointes
Sur la base de la discussion qui précède, la présente section propose un ensemble dactions conjointes qui pourraient être entreprises par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et la Convention sur les zones humides. Les actions conjointes proposées sont regroupées sous quatre thèmes:
i) promouvoir les liens entre les deux Conventions
ii) prévoir et surveiller les impacts des changements climatiques sur les zones humides
iii) le rôle des zones humides en matière dadaptation aux changements climatiques et datténuation de leurs impacts
iv) le rôle des zones humides vis-à-vis de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Lobjectif de ces actions conjointes est de faciliter une application mutuellement bénéfique de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et de la Convention sur les zones humides. Ces actions conjointes peuvent être menées à différents niveaux dapplication des deux Conventions. Le tableau 2 présente les organes pertinents des deux Conventions.
Thème 1: Promouvoir les liens entre les deux Conventions
Action 1.1: Rédiger un protocole de coopération entre les Secrétariats des deux Conventions afin dofficialiser et dapprouver un partenariat de travail et, dans ce contexte, élaborer et appliquer un plan de travail conjoint fondé sur ce cadre de coopération.
Action 1.2: Renforcer les liens de travail entre les organes scientifiques et techniques respectifs des deux Conventions en particulier entre le GEST de la Convention sur les zones humides et ses correspondants nationaux, lOrgane consultatif de conseil scientifique et technologique de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et le GIEC et veiller à ce que ces organes participent à la réalisation des rapports et programmes de travail entrepris par chacun deux.
Action 1.3: Veiller à ce que les documents stratégiques de chaque Convention (tels que le Plan stratégique de la Convention de Ramsar et les délibérations des conférences des Parties contractantes (COP) dans le cadre des articles et thèmes pertinents de chaque Convention) reconnaissent dûment les domaines dintérêt commun et soutiennent les mesures conjointes proposées.
Action 1.4: Renforcer la coopération et les actions coordonnées au niveau national entre les Autorités administratives de la Convention sur les zones humides et les points focaux de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ainsi que, le cas échéant, les comités nationaux des deux Conventions.
Action 1.5: Poursuivre la pratique actuelle qui consiste, pour chaque convention, à inviter des représentants du Secrétariat de lautre à assister à ses COP.
Action 1.6: Déterminer et soutenir les mesures appropriées de sensibilisation et dinformation du public prise par chaque Secrétariat lorsque léchange dinformations ou des activités conjointes pourraient promouvoir les objectifs des deux Conventions.
Thème 2: Prévoir et surveiller les impacts des changements climatiques sur les zones humides
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